Le témoignage de Zoé : Et tu n’es pas né…

Aujourd’hui je vous confie l’histoire de Zoé, une Mam’Ange meutrie

A travers le Témoignage émouvant de Zoé, nous apportons notre soutien à chaque mère, chaque père, chaque personne qui a pu un jour perdre une vie qui lui était précieuse.

Novembre ou décembre 2007, je ne sais plus, c’est flou. Je me souviens de cette sensation étrange un matin. Il se passe quelque chose. Je n’ai pas la nausée, je n’ai pas mal aux seins, je ne suis pas fatiguée. Je me sens enceinte, je me sens complètement envahie par cette plénitude que j’ai vécu l’année dernière.

J’ai un bébé de 10 mois. On vit dans un appartement insalubre en banlieue parisienne et entre les lettres d’huissiers pour constater les moisissures sur les murs et le bouleversement que procure un premier enfant, on a du mal à faire face au quotidien. Je reprends mes études, je viens de m’engager pour 2 ans dans une école privée. Mais bordel, ce n’est pas possible, je ne peux pas être enceinte !!!

Je prends la pilule, je fais attention, je multiplie les alarmes sur mon téléphone, je ne peux pas être enceinte ! Non, non je ne veux pas être enceinte !!!

Je m’arrête faire une prise de sang en sortant du RER, je me souviens bien avoir dit à la copine qui m’accompagnait que ce serait positif, je le sentais. Et à 16h, quand je suis passée après l’école chercher le résultat, il était bien positif, et bien bien bien positif. J’étais enceinte de 2 mois.

Je me revois très nettement, debout, sous la pluie, devant la gare du Nord, au téléphone, en train d’annoncer à mon amoureux que j’étais enceinte, que c’était trop nul, trop con, trop difficile et complètement inconcevable, que j’étais désolée, que je ne savais pas quoi faire, que c’était hors de questions et en même temps que je ne voulais pas croire à ce que j’envisageais de faire. Il a réagit calmement, m’a juste dit qu’on en parlerait à mon retour, que je ne devais pas paniquer. J’ai raccroché en pleurant. J’ai composé alors un second numéro, j’ai appelé ma gynéco. Je lui ai dit que j’étais enceinte, elle m’a félicité. J’ai répondu “non, vous ne comprenez pas. Je ne veux pas”. Elle a marqué un temps de silence qui m’a profondément blessé, et elle m’a dit qu’elle ne pouvait rien pour moi, que si je changeais d’avis elle serait ravie de suivre ma grossesse. J’étais dévastée.

Je me revois, dans le RER à composer le numéro de l’hôpital, à demander à une secrétaire complètement paumée qui je devais voir ou contacter. J’avais 23 ans, je militais pour les droits des femmes à disposer de leur corps, pour que les plannings familiaux soient reconnus et j’étais tellement sous le choc que j’étais incapable de faire une recherche ciblée sur google. J’ai obtenu un RDV pour la semaine suivante. Les 8 jours les plus insupportables psychologiquement que j’ai eu à vivre.

Je suis rentrée chez moi ce jour là, j’ai franchi le seuil de l’appartement, j’avais pleuré des heures, j’avais les yeux bouffis, je voulais juste dormir et oublier. Et là, mon cheri, qui tenait notre bébé de 10 mois dans les bras, enjoué et qui dit à notre fille “regarde, maman elle est là, elle est rentrée, avec le petit frère ou la petite soeur dans le bidon”. BIM. Le choc. Je comprends en 3 secondes que chéri et moi ne sommes pas du tout sur la même longueur d’ondes. Il est heureux. Je suis dévastée. Il est enjoué. Je suis envahie de peurs. Il est serein. Je suis paniquée. Je lui dis calmement plus tard dans la soirée que je n’envisage pas de poursuivre cette grossesse, j’argumente de façon automatique : appart trop petit et humide / l’aspect financier / on a dejà un bébé / je me sens incapable de revivre une grossesse / je suis encore coincée en mode baby blues / je viens de commencer l’école … et je termine par une phrase affreuse qui lui fait beaucoup de mal “et je n’en veux pas moi de ce bébé”. Je m’effondre en sanglots. J’ai toujours désiré une grande famille, j’ai toujours voulu beaucoup d’enfants, je reconnais cette chance extraordinaire que j’ai de pouvoir être enceinte et donner la vie, mais bordel aujourd’hui, aujourd’hui ce n’est pas possible.

Je passe plusieurs jours à pleurer, je ne veux plus parler à personne car tout le monde y va de son conseil. “tu devrais le garder” “ton chéri va t’en vouloir” “tu n’aurais pas dû lui dire et faire ce que tu voulais” et même “si tu te fais avorter j’espère que tu n’auras plus jamais d’enfants”… C’était très difficile à entendre, à vivre. Je ne savais plus ce que je voulais. Si je me faisais avorter est ce que chéri me pardonnerait ? Et si je le gardais, est ce que moi je me pardonnerais ? J’étais complètement perdue. Alors j’ai décidé de faire comme si il ne se passait rien. J’ai décidé de ne pas décider. J’ai décidé de faire l’autruche. J’ai “oublié” d’aller au RDV. Dès le lendemain j’ai rappelé pour m’excuser et le gynécologue avait un créneau le jour même suite à une annulation.

J’ai été à pied. J’ai marché longtemps en me disant “non tu vas juste à un RDV pour savoir si tu vas bien, c’est tout” Je suis rentrée dans le cabinet en pleurant. Le médecin a été absolument adorable. Il a pris le résultat de la prise de sang et m’a dit qu’il souhaitait faire une échographie pour dater la grossesse, qu’on discuterait du reste après. Il m’a proposé de ne pas regarder, et il a coupé le son. J’ai fermé les yeux en me disant que j’étais une sacré connasse. Que bien sur que j’allais le garder ce bébé, bien sur que j’allais l’aimer ce bébé, bien sur qu’il serait le petit frère ou la petite sœur parfaite, bien sur que j’allais être comblée par cette nouvelle grossesse. La joie m’a envahit, j’ai ressenti une bouffée de bonheur, une sorte de chaleur qui a gonflé ma poitrine. Ça va aller.

Et puis j’ai senti la main du gynéco sur la mienne. J’ai ouvert les yeux en souriant. Sereine. Je lui ai dit “je vais le garder”. J’ai vu alors à son visage qu’il était désolé pour moi. J’ai répété “non c’est bon, ça va aller, on va gérer !” en souriant. Mais non, il n’a pas changé de visage. Il a allumé le second écran, il a allumé le son. Je lui ai demandé de mettre plus fort. Il a dit qu’il n’y avait rien à entendre. Je lui ai demandé si c’était trop tôt pour voir quelque chose… Il a mis son doigt sur l’écran, il m’a dit qu’il était désolé pour moi, que la fausse couche était imminente, que le destin avait peut être choisi pour moi, que je n’avais rien à décider, que c’était “comme ça”, et qu’il pouvait me faire un arrêt maladie.

Il a retiré la sonde et… le sang. Le sang partout. Le médecin m’a aidé à essuyer, il m’a proposé d’appeler un taxi pour me reconduire. Je ne sais pas pourquoi je n’ai pas accepté. Je suis rentrée à pieds, en pleurant, en tenant mon ventre creux et vide, avec ce sang qui coulait le long de mon pantalon. Je suis restée sous la douche pendant des heures, je pleurais, je pleurais… C’était ma faute, évidemment ! Je n’en n’ai pas voulu alors il est parti, il a décidé de partir parce que je ne le méritais pas ! J’ai perdu mon bébé parce que j’ai trop attendu pour l’aimer. Je suis punie.

2020. Cela fait 13 ans. Je suis l’heureuse maman comblée d’une ado de 14 ans, et de deux autres enfants qui sont venus agrandir la famille. Je suis la femme épanouie de mon amoureux. Il n’y a pas de fantôme dans ma vie, il y a juste cette histoire qui me rappelle combien le poids de la culpabilité, combien la panique, combien la peur et la pression sociale peut faire perdre de pieds. Il a fallu du temps pour que je puisse parler sans rougir de cette histoire. Non, je n’ai pas été punie. Non, il n’y a pas d’histoire de mérite quand on veut un enfant. J’ai été enceinte, j’ai voulu avorter, j’ai changé d’avis, j’ai perdu le bébé que je portais. Fin.

Merci Zoé de nous avoir fait confiance, de partager votre histoire. La perte d’un enfant, après une grossesse désirée ou non est et reste une douleur terrible.

Nous souhaitons que toutes les Mamanges, paranges, qui vivent cette terrible perte que celle d’un enfant, sachent que nous sommes là. Faites nous part de votre douleur, nous la respecterons.

MILAWITHYOU c’est une équipe à l’écoute, attentive et qui fait une vraie place à votre Témoignage de Paranges !

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